Un phénomène émergent
Texte de synthèse
tiré de diverses publications papier/web dont http://www.demain-maintenant.fr/iso_album/dossier_creatifs_culturels.pdf
Il est frappant de
constater que de plus en plus d’individus aspirent à vivre autrement. La montée
en puissance de phénomènes comme l’altermondialisme, les préoccupations
écologiques, le commerce équitable, le développement de nouvelles formes de
solidarité, la recherche d’authenticité, la volonté d’engagement individuel, un
regain de la spiritualité au sens large en témoigne.
Il existe une clé
pour comprendre la montée et la convergence de phénomènes et comportements a
priori très divers : c’est l’émergence de valeurs nouvelles, d’une nouvelle
prise de conscience face aux dangers qui découlent de nos manières de vivre et
de penser.
Cette évolution des valeurs a été amplement étudiée.
Il est une de ces études qui retient particulièrement notre attention.
Il s'agit de celle
portant sur le phénomène émergent que constituent les Créatifs Culturels. Les Créatifs Culturels
ont fait l'objet d'une recherche sur plus de dix années aux Etats-Unis où l'on
a constaté qu'ils étaient au nombre de 50 millions (26% de la population). On
estime leur nombre tout aussi important en Europe. Ces créateurs d'une autre
culture sont en train de transformer le monde, jour après jour, en
revisitant tous les aspects de la vie au quotidien et en créant (inventant) des
réponses inédites qui leur conviennent mieux que les réponses de la culture qui
domine actuellement.
Ils sont passionnés
par un ou plusieurs des domaines suivants : solidarité active, simplicité
volontaire, écologie, règlement pacifique des conflits, développement
personnel, spiritualité, médecine non conventionnelle, éducation alternative,
multiculturalisme, végétarisme, non-violence, et bien d'autres…
Leurs caractéristiques
principales ? Ils se considèrent comme partie prenante des questions qui se
posent collectivement à la société, ils sont mobilisés sur les grandes
problématiques écologiques, ils ont un intérêt marqué pour la dimension
intérieure de la vie et les valeurs dites "féminines" (philosophie de
vie basée sur des notions de conscience, de compréhension et de coopération ;
une vision du monde comme "communauté dont ils font partie"), ils
consomment d'une façon qualitative (santé, alimentation, habitat, loisir) et la
notion de réalisation personnelle a remplacé pour eux celle de réussite
matérielle. Enfin ils attachent une grande importance à la notion de cohérence
entre ce qu'ils pensent et ce qu'ils choisissent de faire.
Les Créatifs
culturels, en conjuguant avec bonheur les valeurs d’ouverture aux autres avec
l’implication sociale, l’engagement citoyen et écologique, constituent une
véritable avant-garde, en concordance avec l’esprit du développement durable.
Ils sont ainsi les ferments d’une transformation active de la société dans un
sens plus humain.
Selon Paul Ray
l'auteur de la recherche américaine, cette proportion croîtrait au rythme
soutenu de 3,5 % par an. Tout le contraire donc d’un épiphénomène fugace !
Un puissant levier de changement
Le grand mérite des
travaux de Paul Ray est d’avoir montré que les « Cultural Creatives » n’étaient pas isolés comme
l’accréditeraient la plupart des médias. Ils constituent en réalité un puissant
levier de changement. La grande force des « Cultural Creatives » est leur capacité à se transformer
eux-mêmes pour générer des mutations au plan collectif. Pour cette population,
la quête d’un équilibre intérieur ne se conçoit que si elle débouche sur un
activisme social. Les valeurs des Créatifs Culturels sont enracinées et se
traduisent dans leurs actes et comportements. On remarque que, contrairement à
d'autres moments de l'histoire, ces créateurs de nouvelle culture ne sont pas
des marginaux, mais au contraire la force de ce groupe réside aussi dans le
fait qu'il est constitué en bonne partie de gens bien insérés dans la société.
Si on les observe en prenant de la hauteur, on peut voir se
dessiner des schémas d’ensemble cohérents, indiscernables à qui se bornerait à une lecture séquentielle
du réel où chaque valeur serait considérée isolément.
Pour Paul Ray et son équipe de chercheurs, les « Cultural Creatives » sont « la
manifestation d’une lente convergence de mouvements et de courants jusqu’alors
distincts vers une profonde modification de notre société.
Une influence sur de
nombreux secteurs
A quoi peut servir d'avoir identifié cette "strate
sociologique" nouvelle ?
Aux USA, les CC font partie des couches les plus
dynamiques de la société : ils sont un peu plus jeunes que la moyenne de
la population, occupent de meilleures positions économique et sociale, et ont
des revenus plus élevés. L’influence des CC sur la vie économique est
potentiellement loin d’être négligeable. Leurs valeurs peuvent, en effet,
trouver un champ d’application aussi bien dans la consommation, en orientant
leurs achats, que dans la vie professionnelle, dans les emplois qu’ils
occupent. Les Cultural
Creatives présentent donc pour les entreprises le grand avantage de
constituer une population d’avant-gardistes dont les valeurs et les
comportements précurseurs anticipent de quelques années ceux des autres
segments de la population. De plus, certains d’entre eux peuvent être dans des
positions dirigeantes importantes, avoir une influence déterminante sur nombre
d’employés ou de consommateurs.
Comme membres
actifs de la société, les CC peuvent avoir une influence politique. Leur
position sociale et leur niveau d’instruction en font plutôt des leaders
d’opinions. De plus, ils peuvent agir, comme tout citoyen, dans le cadre de
l’action politique, soit dans les mouvements traditionnels, soit dans le cadre
de nouveaux mouvements, et faire ainsi progresser leurs valeurs. La connaissance du
mouvement des créatifs culturels sera également utile aux partis politiques qui
ont du mal à répondre aux attentes des citoyens ou à faire le relais entre le
gouvernement et le peuple. Comment être la voix du peuple quand on ne le
comprend pas, ou plus ?
Au-delà cependant
des sphères économique et politique, l’influence de ce groupe peut également
s’exercer par la transmission culturelle de leurs valeurs. Il a été démontré
qu’une minorité active pouvait parvenir à faire reconnaître ses positions, au
moins partiellement, par la majorité. Et donc, pour la société au sens large et ses besoins de long
terme, les Créatifs culturels sont les meilleurs agents de transmission/action
pour des comportements durables et solidaires.
Ce modèle pourra donc profiter à de nombreux acteurs : partis
politiques, associations, entreprises privées, institutions ou tout autre
organisme intéressé par les nouveaux comportements sociaux.
Anticiper…
Il y a toujours eu,
dans l'histoire de l'humanité, des gens qui avaient la bonne intuition et qui
avaient raison… trop tôt. Les derniers en date sont bien évidemment les gens
qui tirèrent la sonnette d'alarme sur les enjeux écologiques il y a 20 ou 30
ans déjà… L'idée ici est d'identifier ceux qui sont maintenant porteurs des
enjeux de demain. Et d'anticiper. Selon nous, il appartient aux politiques d'être
visionnaires et intuitifs sur ce que seront les actes à poser avant que ces
actes ne s'imposent d'eux-mêmes, ou qu'il soit trop tard. Selon nous, il
importe de donner maintenant à certaines thèses et à certains comportements les
leviers qui seront nécessaires demain.
Une étude américaine sur
les “acteurs de changement de société”, menée auprès de plus de cent mille
personnes pendant une quinzaine d’années par une équipe dirigée par le
sociologue Paul H. Ray (université du Michigan) et la psychologue Sherry Ruth
Anderson (université de Toronto), affirme dans un ouvrage renversant - L’émergence
des Créatifs Culturels - qu’en opposition abrupte avec la politique menée à
Washington, un quart environ des citoyens américains vivrait d’ores et déjà
dans un système de valeurs et de comportements complètement nouveau, ouvert à
l’écologie, à la solidarité, aux valeurs féminines et à l’éveil intérieur.
Catégoriquement niés par les politiques et par l’ensemble des médias (aux USA
comme en Europe), ces “créateurs de nouvelles cultures” constitueraient le
départ d’une civilisation post-moderne aussi importante que le fut le
modernisme il y a cinq cent ans.
La première énormité qui frappe est le
“non-événement” que fut la parution de ce livre, début 2001, en France.
Transposée dans un domaine familier aux médias, une telle enquête aurait fait
un tabac : 24 % des citoyens américains (parmi les plus créatifs) ne
fonctionneraient plus désormais selon le modèle occidental “moderniste”
(individualisme, capitalisme et divertissement), mais d’une façon radicalement
autre. C’est une information considérable, qui mériterait qu’on la vérifie,
qu’on la critique... Il n’en a rien été. Silence radio. Cela correspond à l’une
des informations de fond que l’enquête rapporte : imbibés de la conviction
que le modernisme est la seule manière normale d’être au monde, médias et
politiques n’ont rien capté du phénomène.
Ne vous est-il jamais arrivé - quand il est
question des valeurs fondamentales auxquelles votre cheminement vous a
finalement conduit - de vous sentir nié par le monde alentour ? C’est ce
qui se produit, disent Ray et Anderson, quand on passe à un type de culture
résolument nouveau : l’ancien système, non seulement ne comprend pas, mais
ne voit carrément rien.
Cela dit, les intéressés eux-mêmes ne
connaissent pas leur force non plus. Interrogés sur le nombre de gens qui, à
leur avis, partagent leurs valeurs et leurs comportements, les “Créatifs
Culturels” (CC, expression la moins imparfaitement traduite de Cultural
Creatives) se sous-estiment dramatiquement : ils se croient, en moyenne, 5
% de la population alors qu’ils seraient cinq fois plus nombreux, selon
notamment l’institut de sondage American Lives (entre 1986 et 1999).
Les CC sont des gens qui mettent en application quatre types de
valeurs :
implication
personnelle dans la société par des engagements solidaires, locaux et globaux,
immédiats et à long terme ;
vision
féminine des relations et des choses ;
intégration
de l’écologie, de l’alimentation bio, des méthodes naturelles de santé ;
importance
du développement personnel, de l’introspection, des nouvelles spiritualités.
Psychologiquement, les CC ont un point commun
important : ils ne supportent plus d’être divisés, coupés, en
contradiction avec eux-mêmes - ce qui caractérise d’ailleurs tout début de
nouveau mouvement de société. Leurs mots clés sont : cohérence,
congruence, interaction, synergie. Que l’on puisse prôner le respect des
équilibres écologiques et ne pas en tenir compte dans sa propre vie quotidienne
leur est devenu insupportable. Sincèrement croire que seuls des comportements
plus solidaires pourraient sortir l’humanité de la catastrophe... et ne pas
s’engager soi-même dans ce sens les horripile. Quant à prêcher l’éveil d’une
vie intérieure et baratiner sur la spiritualité tout en continuant à se
comporter, au travail, dans la cité, chez soi, comme les générations
précédentes leur paraît grotesque. Dire ce que l’on fait, faire ce que l’on
dit, c’est leur devise, et l’enquête de Ray et Anderson montre, dans son suivi
à long terme, qu’il ne s’agit pas là de vains mots.
Les CC se répartiraient
en deux populations d’environ 23 millions d’adultes chacune :
Un
noyau central dit “avancé”, préoccupé à la fois de justice sociale,
d’engagement écologique et de développement “psycho-spirituel” : pour
ceux-là, le sacré inclut d’emblée l’épanouissement individuel et la solidarité
sociale et politique (à 91 %, ils estiment très importants d’aider les
autres) ;
Une
périphérie dite “écologiste”, qui aurait tendance à ne faire que lentement,
avec beaucoup de prudence, le lien entre l’engagement social et la vie
intérieure, ou entre l’écologie et la spiritualité (ce second groupe est de 15
% plus masculin que le premier).
Sociologiquement, on les trouve dans toutes les
couches et tous les âges de la population, même s’ils sont
incontestablement : un peu plus cultivés que la moyenne des Américains,
légèrement plus riches et plus urbains. Seule corrélation vraiment forte :
60 % sont des femmes (67 % pour le noyau “avancé”). Par ailleurs, chaque année
la part des 18-24 ans augmente. Pour les animateurs de l’enquête, aucun
doute : il s’agit là d’un nouveau courant fondamental de la société
occidentale.
L’un des premiers mérites du travail de Ray est
de se replacer dans un contexte sociologique et psychologique, avec une analyse
des deux courants jusqu’ici majeurs dans la société américaine, les
“Modernistes” et les “Traditionalistes” :
Les
Modernistes dominent actuellement le monde. Estimés à 48 % de la population
américaine (environ 93 millions d’adultes - chiffres de 1999). Ils participent
de la poussée lente et formidablement puissante qui, en cinq cents ans, a créé
le monde où nous vivons.
Eux qui furent considérés, vers 1750, du temps
d’Adam Smith, comme des “excentriques inoffensifs” sont devenus totalement
dominants et désormais dangereux. Leurs valeurs : gagner et posséder
beaucoup d’argent ; gravir les échelons de la réussite
professionnelle ; être le plus libre possible ; avoir beaucoup de choix
(au travail et comme consommateur) ; être toujours au fait des
nouveautés ; participer au progrès économique et technologique de la
nation ; se divertir, notamment grâce aux médias, chacun à sa guise ;
soigner son corps comme une belle machine ; faire confiance soit à la loi
du marché soit à l’État-providence. Quelques-unes de leurs idées types :
Le temps c’est de l’argent ; Analyser les choses en les décomposant en
différentes parties est le meilleur moyen de résoudre un problème ; ou encore,
Il est raisonnable de diviser sa vie en sphères distinctes et séparées :
le travail, la famille, les amis, l’amour, l’éducation, la politique, la
religion. Leurs rejets : à peu près toutes les valeurs et préoccupations
des indigènes, des ruraux, des Traditionalistes, des New Age, des mystiques et
des religieux.
De
leur côté, les Traditionalistes (24 % de la population, 46 millions d’adultes)
sont en réalité tous des néo-traditionalistes, des réactionnaires au sens
étymologique du mot, apparus de diverses réactions contre le modernisme, à
partir du XIXe siècle (aux États-Unis après la guerre de Sécession surtout). Se
référant sans cesse à un ancien temps idéal et essentiellement imaginaire,
leurs valeurs s’expriment dans des idées comme : Les patriarches devraient
à nouveau dominer la vie familiale ; les hommes et les femmes doivent s’en
tenir à leurs rôles traditionnels. Ou encore, La protection des libertés
individuelles et civiques est moins importante que la lutte contre les
comportements immoraux.
Bien sûr, ces schémas sont grossiers. Les
modernistes en particulier, ne forment pas un groupe compact. L’étude de Ray et
Anderson les divise en quatre sous-groupes : les Modernistes conservateurs
Pragmatiques (8 % de la population, soit 15 millions d’adultes), qui dirigent
une bonne part du business mondial, incarnent totalement l’American Way et en
profitent le plus ; les Modernistes conventionnels (12 %, 23 millions),
plus intellos que les premiers, moins riches, plus cyniques, très
individualistes ; les Laborieux (13 %, 25 millions), souvent d’origine
étrangère, qui veulent absolument croire au rêve américain, branchés à fond sur
la promotion sociale ; enfin les Modernistes aliénés (15 %, 29 millions),
nettement plus modestes, employés ou ouvriers, menacés par toute crise, souvent
amers ou en colère. Dans l’ensemble, ils travaillent de plus en plus, au bord
de l’asphyxie : pour les même salaires, huit semaines de travail en plus
par an entre 1969 et 1999 !
Quant aux Traditionalistes, ils ne sont pas
forcément aussi épouvantables que le laissent supposer leurs slogans vengeurs -
leur sens de la solidarité est souvent plus fort que celui des Modernistes (les
ouvriers catholiques conservateurs peuvent s’avérer bien plus généreux que les
bourgeois libéraux).
Les Créatifs Culturels, eux, refusent de choisir
pour l’un ou l’autre de ces deux camps. S’ils se sentent les enfants des
modernistes - et pas des traditionalistes réactionnaires -, ils savent que
l’évolution ne s’est jamais effectuée en faisant table rase du passé, mais en
intégrant l’intelligence combinée des stades précédents. L’idée de “métissage
culturel” à travers l’espace et le temps - nous reliant aux autres sociétés,
notamment aux cultures primordiales vivant encore en symbiose avec la nature -
leur est chère, alors qu’elle révulse les réacs et fait sourire les modernes.
La genèse des Créatifs
Culturels n’a rien de mystérieux. Leur émergence semble cependant avoir traversé
une sorte de tunnel d’une vingtaine d’années - de la fin des années 70 à la fin
des années 90 - au cours desquelles, notamment du fait de la chute de l’empire
soviétique, le modernisme s’est cru autorisé à caracoler, comme s’il n’existait
désormais plus que lui, face à quelques poches traditionalistes en voie
d’extinction. C’était oublier que les humains ne sont pas forcément amnésiques
et qu’un ensemble de mouvements apparus dans les années 60 avaient laissé des
germes puissants dans la conscience collective. L’émergence des Créatifs
Culturels montre en effet de façon claire une convergence irrésistible entre
les “descendants” des mouvements :
pour
les droits civiques,
féministes,
de
soutien aux peuples colonisés,
pacifistes,
écologistes,
pour
l’éveil de la conscience,
de
psychothérapie humaniste.
Il est impossible de donner ici ne serait-ce
qu’un résumé des innombrables informations apportées par Paul Ray et Sherry
Ruth Anderson dans leur étude. Particulièrement surprenante (du moins pour
nous, Européens, qui ne pouvons nous empêcher de caricaturer les Américains,
surtout après l’arrogante décision de leurs gouvernants de ne pas signer les
traités anti-pollution), est la lucidité des CC vis-à-vis :
des
médias (généralement reconnus comme tellement imbibés d’idéologie moderniste
qu’ils ne se rendent même plus compte qu’ils intoxiquent autant qu’ils
informent) ;
des
leurres de la pub et de la société de consommation, qui ont fini par tout
chosifier en spectacle ;
des
manipulations des grands groupes économiques, qui sabotent les alternatives
économiques “douces” (on lira le cas exemplaire de l’hypercar, voiture
écologique à hydrogène) ou qui, plus pervers, sponsorisent des actions
écologique ou d’éveil de conscience psychosomatique, alors qu’ils sont par
ailleurs, sous des biais plus importants, d’énormes pollueurs, assassins de
biodiversité et pourvoyeurs en cancers de toutes sortes (des cas précis sont
cités, cibles par exemple du mouvement des femmes ayant souffert d’un cancer du
sein).
Essentielle à ceux que l’enquête présente comme
les plus dynamiques du mouvement, l’approche spirituelle est certainement la
plus difficile à intégrer dans la grille moderniste des médias et des
politiques. Pourtant, s’il a fallu vingt ans pour que les mouvements “contre la
guerre” deviennent des mouvements “pour la paix”, ou les mouvements “anti-mecs”
des mouvements “pour de nouvelles relations hommes/femmes”, c’est que le catalyseur
de ces métamorphoses est très souvent venu de la spiritualité et de la
psychologie humaniste, dont l’intégration ne peut se faire que lentement.
« En effet, écrivent Ray et Anderson, il
faut beaucoup de temps pour bien saisir la substance de l’enseignement des
mouvements d’éveil de la conscience.
On peut se mettre à de nouvelles idées,
s’initier à de nouvelles techniques ou se trouver un nouveau hobby en quelques
semaines, mais il faut des années, voire des décennies pour se changer soi-même
[...]. Quand on met côte à côte la popularité croissante d’un mouvement et la
lenteur de son cycle d’apprentissage, il est facile de s’arrêter uniquement aux
excès de la vulgarisation, de la spiritualité “syncrétique” et de la
psychologie de comptoir dont certains médias adorent se gausser. Mais confondre
ainsi la surface du mouvement et sa substance profonde est une erreur. Si l’on
veut vraiment comprendre ce qui se passe, il est nécessaire de bien faire la
différence entre la masse croissante de ceux qui sont à la recherche de
nouvelles sensations, d’un parfum nouveau pour leur vie d’une part, et d’autre
part les adeptes de longue date, qui ont appris petit à petit à vivre une vie
“authentique”, à profondément transformer leur existence en fonction de ce
qu’ils ont appris. Les deux ensembles ont grandi durant ces quarante dernières
années, mais ce sont surtout les débutants qui sont les plus visibles, avec
leur population en perpétuelle croissance. »
La grande faiblesse des CC, aux yeux de Paul Ray
et Sherry Ruth Anderson : leur manque de conscience d’eux-mêmes en tant
que groupe. Vu qu’il s’agit des personnes les plus dynamiques et les plus
innovantes du pays... c’est qu’il y a un léger problème ! D’où le désir
irrésistible des deux auteurs (qui quittent alors délibérément leur statut
d’observateurs pour devenir acteurs) d’inviter les CC à pérenniser leurs
efforts en passant au stade institutionnel - avec une chance de convaincre, du
coup, de larges rangs modernistes, voire traditionalistes. Seulement
voilà : institutionnaliser des créateurs, n’est-ce pas
contradictoire ? Conscients du hiatus, Ray et Anderson imaginent néanmoins
toutes sortes de concrétisations possibles de l’univers CC : des écoles,
des universités, des centres ouverts aux gamins des rues, des réseaux connectés
à la planète entière... leur livre fourmille de suggestions.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Vous sentez-vous créateur de nouvelles
cultures ?